départ de nauzenac il y a un an

 

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Merci à Armelle Faure

Merci aux archives départementales du Cantal et de la Corrèze

Merci à tous les accompagnateurs

Merci à tous les témoins

Merci à Jean Fiorini et aux carnets d’ici

Merci à EDF pour son soutien

Et Merci à l’association la Dordogne de villages en barrages pour avoir été là

 

performance finale

Le 26 juillet 2015, j’ai offert une cinquantaine de petits parchemins aux anciens d’Ubaye. Sur chaque papier, une mémoire des témoins des archives de la vallée de la Dordogne. Cette offrande a eu lieu au bord du lac de Serre Ponçon à l’occasion de la fête du village disparu sous les eaux du barrage.

Voici quelques images de ce moment et quelques mots prononcés à cette occasion.

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Le sociologue Maurice Halbwachs a été le premier à parler d’une mémoire collective. Il dit qu’il faut faire appel « aux témoignages pour fortifier mais aussi pour compléter ce que nous savons d’un événement dont nous sommes déjà informés. » (Halbwachs, 1950)

Les 600 kilomètres entre Nauzenac et Ubaye, je les ai parcouru à pied en écoutant « Les 100 témoignages de la Dordogne des barrages. » Ce travail d’archives orales, réalisé par l’anthropologue Armelle Faure en collaboration avec les archives départementales de la Corrèze du Cantal et en partenariat avec le groupe EDF, valorise l’inscription des barrages dans le territoire à partir de la mémoire des témoins vivants.

Le projet de performance « De Nauzenac à Ubaye » a voulu transformer ce patrimoine immatériel en expérience terrestre et vivante. 50 jours et 600 kilomètres, pour déplacer la mémoire d’une communauté à une autre. Après une sélection de 38 témoignages, j’ai écouté 52 heures de bande pour en extraire des moments de vie qui racontent l’attachement des hommes à leur territoire et leur capacité à se re-territorialiser. Dans chaque témoignage, la créativité et l’imagination explorent les lieux disparus. Les personnes interrogées recréent et revisitent petit à petit leur vallée engloutie. Par le souvenir et la parole ils peuvent aussi la transformer et la réinventer.

Comme le suggère Halbwachs, Il ne suffit pas d’assister ou de participer à un événement pour s’en souvenir. Quand d’autres l’évoquent et qu’ils reconstituent pièce par pièce cette image dans votre esprit. Soudain, cette construction artificielle peut s’animer et prendre figure de quelque chose de vivant.

Volontairement ralenti par le choix de la marche, le temps a tissé des liens entre les nombreuses mémoires. Les territoires parcourus et les témoignages entendus se sont aussi imprimés en moi. J’ai rêvé les paroles entendues. J’ai imaginé les visages de ces voix, j’ai revu les maisons racontées, la vallée aux arbres fruitiers, je les ai dessinées avec mes pas.

Les barrages portent en eux toutes sortes de deuils, d’espoirs, de peurs, de croyances et de convictions. On admire, on milite, on pleure, parfois tout à la fois.

Un barrage dit toujours cela que, l’homme est passé par là. Qu’il a observé la nature, fait des calculs, pris des mesures. Qu’il a créé un projet, convaincu d’autres hommes, et réunit les fonds, jusqu’au jour où des milliers d’ouvriers sont arrivés là.

Le paysage est le résultat de cette multiplicité d’actions et de pratiques humaines toujours en devenir. Toujours en transformation.

En marchant « De Nauzenac à Ubaye » j’ai parcouru des paysages où ces pratiques humaines sont visibles à tout instant. Les chemins, les routes, les barrières, les limites, les frontières, les fils électriques, les câbles téléphoniques. Ces lignes qui découpent le paysage en formes géométriques sont parfois des obstacles qui séparent et qui empêchent, mais bien souvent ce sont aussi des liens tendus entre les espaces qui relient les hommes entre eux.

En marchant le long de ces fils, en bordure de ces bretelles et sur ces rubans ondulés, j’ai eu la sensation de tisser, de broder, de coudre des liens entre toutes ces mémoires. Et si parfois elles étaient trouées, je me suis permise de les raccommoder.

 

extraits d’archives n°50

«  La vallée c’était un paradis. C’était un paradis. Surtout pour mes parents et ma mère qui était née là aussi et qui avait une propriété depuis un temps presque immémorial de générations qui s’étaient suivies. »

4AV412/1 Y.J.2 in Armelle Faure « Les 100 témoignages de la Dordogne des barrages » Archives départementales du Cantal, 2011-2015.

extraits d’archives n°49

« Beaucoup diront que c’est excessif, mais je le sens comme ça. (…) Ils ont perdu quelque chose qui était la terre de leurs ancêtres. Si vous voulez, il y a un rapprochement avec la perte d’un être cher, et la perte d’un être cher dont on n’a plus le corps. (…) Ils n’ont pas pu le faire le deuil. Ils n’ont jamais pu faire leur deuil. (…) Ma mère n’est jamais retournée une fois sur ce lieu détruit. Ça lui était insupportable (…) ce n’était plus qu’un désert, qu’une désolation. »

4AV412/1 Y.J.2 in Armelle Faure « Les 100 témoignages de la Dordogne des barrages » Archives départementales du Cantal, 2011-2015.